Vertige temporel


Du bout des doigts je frôle l'Horloge Suprême.

Faite d'or et de cristaux, elle transpire le temps de fines perles noires et absorbe toute l'énergie du monde.

De petits grains de poussière glissent sur ses aiguilles et tombent dans l'abîme d'un univers infini.


Je suffoque.


L'immensité du gouffre me plonge dans un état sublime dont je ne peux m'extiper qu'en abandonnant mon être.


Echec.


Le temps coule sur mes joues comme coule la glace aux sommets des montagnes un beau jour d'été.

Vite, vite ! Je ne peux respirer devant ce spectacle qui me laisse bouche bée.

La vie défile, je le sais. Et cela me paralyse.


Un affreux Tic-Tac résonne autour de moi. La voix impérieuse de l'Horloge me susurre d'atroces mais douces paroles au creux de l'oreille : Je suis Dieu, et je maîtrise toute ta vie de mes impitoyables aiguilles. Profite, mon enfant, tant qu'il en est encore temps. Tôt ou tard, mon ami le crépuscule t'emportera dans son monde. Prisonnière, tu ne pourras jamais t'en échapper.


Effroi puis noir complet.


Les yeux fermés et le cœur battant au rythme des secondes, je sue de terreur.

Tremblante au bord du gouffre de la Mort, je m'interroge : A quoi puis-je me raccrocher si je me sais éphémère ? Ma conscience est trop douloureuse : elle me fait souffrir. Je ne veux plus penser.


Mes pieds glissent déjà, se rapprochant dangereusement du précipice. Je les croyais pourtant immobiles. De minucsules cailloux sautent dans ce vide sans fin, accélérant joyeusement leur perte.


Un bruit sourd se fait entendre là, quelque part dans cet infini temporel. Une sorte de craquement métaphysique et indescriptible parvient à mes sens.


L'heure céleste indique 23h59 lorsqu'une brise légère se lève et me rappelle qu'il faut lutter pour la vie, pour l'existence, et se débattre coûte que coûte.


Trop tard. Sans avoir même le temps de dire au revoir, je suis poussée par une force invisible et invincible au fond de l'abysse.


Il est déjà minuit.


Silence.

Silence.

Silence.