L'Horloge, ou le maître du Temps

Quel poème, si ce n'est L'Horloge de Baudelaire, représente le mieux la force du Temps qui passe et s'écrase sur nous, pauvres humains, impuissants de tout ?

Je ne le sais pas.

J'ai découvert ce poème une nuit, alors que je n'arrivais pas à dormir. Prise d'une insomnie, je refusai d'attendre passivement dans mon lit, et de laisser les angoisses accroître comme souvent leur pouvoir en moi. C'est alors que me vint une idée : pourquoi ne pas apprendre un poème, et être capable de le réciter parfaitement aux aurores, lorsque les premiers rayons du soleil pointeraient le bout de leur nez ?

Je réfléchis et me souvins d'un recueil de poésies étudié en première, au lycée, qui m'avait beaucoup intriguée, attirée : Les Fleurs du mal.

En tournant les pages, les unes après les autres, apparut sous mes yeux un poème ; que dis-je ! une petite perle de la littérature, un précipité de pur génie ! Je parle bien évidemment de L'Horloge. Mot après mot, ligne après ligne, strophe après strophe, je retenais mon souffle. Je me sentais comprise par un homme d'un autre siècle, avec qui je ne pouvais partager mes sentiments. Malheur ! Lorsque vint la dernière phrase, tout l'air que j'avais retenu à l'intérieur de mes poumons s'échappa, et un souffle d'une puissance inouïe sortit de ma bouche.

L'extrait en question, le voici :

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge, Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !), Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !

Ce fut un mélange de plein de sentiments, un bouillonnement, une explosion cérébrale certaine. Vite, le téléphone ! Il faut appeler les urgences ! Ce bouillonnement intérieur, c'est précisément ce qui m'empêche de dormir. Et je ne voulais pas avoir affaire à lui. Il faut croire que nos faiblesses nous rattrapent, et que l'on ne peut échapper bien longtemps à ce qui nous fait souffrir. L'activité qui se voulait calme, posée, avant de trouver le sommeil, se transformait finalement en une effervescence et en un bal d'angoisses liées à la grande question du Temps. Je ne pus trouver le sommeil qu'à l'aube, épuisée par tous ces questionnements, qui continuèrent de me hanter jusque dans mes rêves...