Charpente volutée, sonorités voluptées

Mandragore, m’accordant toute sa confiance, a décidé de me partager l’un de ses écrits sur ce bel instrument qu’est la harpe. C’est avec une douceur et une gentillesse toutes particulières qu’elle a accepté que je le publie ici. Je la remercie tendrement et vous laisse découvrir ce texte qui, je le sais, ne vous laissera pas insensibles.


J’ouvre la porte. Je l’aperçois. Elle attend patiemment. Elle se dresse, arbre majestueux au tronc vernis sculpté d’arabesques. Elle s’élève, ses griffes telles des racines s’enfoncent profondément dans le sol. Elle érige vers le ciel sa console aux courbes douces, branche maîtresse, branche de vie où des milliers de perles de rosée renvoient la lumière déclinante du soleil couchant.

Je m’approche en pensant aux artistes qui, depuis la nuit des temps, ont suspendu des cordes à ces branches et qui, en les caressant, ont caressé les tympans du monde. Cordes de soie enveloppées de métal, cordes de nylon au son de cristal, cordes de cristal vibrant sous un gant de soie. Ma harpe est là.

Elle respire, j’approche. Je m’assieds. J’inspire. J’appuie son coffre de résonance contre mon épaule. Je pose mes mains sur la table d’harmonie. Je respire. Elle m’inspire. Un crépuscule succède à tous les autres et je la retrouve… Lasse après la classe, lasse du temps qui passe, qui court et je cours après les trains qui passent, je cours de cours en cours. ASSEZ ! Mes doigts courent maintenant sur les cordes tendues et je me détends. Les notes courent dans ma tête. La sève de ma harpe coule dans mes veines. Je reprends racine. Je me ressource.

Et la musique prend vie. Les battements de mon cœur se calent sur le rythme d’une habanera et les doubles croches entraînent mon esprit vers un jardin d’Andalousie. Mes accords fortissimo se métamorphosent en arpèges piano de sons légers et cristallins évoquant une source claire surgissant de la tourbe d’une lande d’Irlande. Mes mains lèvent et baissent les perles de rosée pour changer la tonalité et dans la nuit tombante, je glisse poco a poco vers un sommeil sans heurt.

Un glissando et quelques harmoniques comme point d’orgue à nos retrouvailles et dans la nuit sombre et illuminée par ces sons qui résonnent encore, je vais me coucher. Demain, je la retrouverai…